Quelle est la place de la diversité des essences dans les forêts françaises ?

 

Photo illustrative de forêt

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Face aux crises climatiques, sanitaires et économiques que traversent les forêts françaises, des inquiétudes émergent régulièrement : assistons-nous à une industrialisation de la forêt ? Les peuplements monospécifiques vont-ils remplacer des forêts diversifiées ?

Les données disponibles permettent aujourd’hui d’apporter des réponses factuelles et nuancées à ces questions.

 

Un bon niveau de naturalité des forêts françaises

La forêt française présente globalement un bon niveau de naturalité.

Selon les Indices de gestion durables 2020 publiées par l’IGN, 87% des forêts métropolitaines sont issues de régénérations naturelles, c’est-à-dire non issues de plantations artificielles. Par ailleurs, 93% de la surface forestière est dominée par des essences autochtones. La diversité locale est également bien représentée : en moyenne, on observe 5 essences différentes par placette d’inventaire.

Aussi, la biodiversité d'une forêt se traduit autant par sa structure en diamètre qu'en hauteur et l'ensemble de la composition doit être observée, pas uniquement la composition de l'étage dominant ou de la strate arborée.

 

L’enrésinement : un phénomène historique et encadré

La France a connu des phases marquées d’enrésinement, principalement à deux périodes :

  • A la fin du XIXe siècle, dans le cadre des politiques de Restauration des Terrains de Montagne (RTM), afin de lutter contre l’érosion, les avalanches et l’insalubrité.
  • Après la seconde guerre mondiale, avec le Fond Forestier National (FFN), dont l’objectif  était de produire rapidement du bois pour reconstruire le pays.

Dans ces contextes précis, les résineux ont été privilégiés pour leur croissance rapide et leur forte productivité biologique, y compris en zone de plaine.

Ces politiques ont contribué à structurer la filière bois actuelle, mais elles ont aussi mis en évidence les limites des monocultures et des itinéraires techniques trop systématiques.

Aujourd’hui, ce modèle n’est plus celui promu par les politiques forestières. Depuis 2001, le Code Forestier (article L112-2) inscrit clairement la multifonctionnalité de la forêt comme principe fondamental : production de bois, préservation de la biodiversité, accueil du public et protection des sols et de l’eau

Photo illustrative de forêt

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Une diversité des essences largement dominante

Contrairement à certaines idées reçues, la forêt française n’est pas majoritairement composée de peuplements monospécifiques.

D’après l’IGN :

  • Seuls 6.8% des forêts françaises sont constituées d’une seule essence.
  • 83% des forêts contiennent au moins 3 essences différentes.
  • Seulement 13% de la forêt est issue de plantation ou de régénération artificielle.

Avec 106 essences forestières recensées, la France dispose d’un patrimoine forestier particulièrement riche à l’échelle européenne.

 

Pourquoi la diversité des essences importe ?

La biodiversité forestière ne dépend pas uniquement du nombre d’essences présentes. Elle est aussi influencée par :

  • la structure (répartition des arbres par classes de grosseurs)  des peuplements ;
  • L’historique de gestion ;
  • La fréquence et l’intensité des coupes ;
  • Les conditions de la station (étendue de terrain homogène sur les plans du climat, du relief, du sol et de la végétation spontanée).

Néanmoins, de nombreuses études montrent que les peuplements mélangés fournissent en moyenne davantage de services écosystémiques que les peuplements homogènes : meilleure productivité globale, régulation biologique, résistance accrue aux ravageurs, meilleure adaptation aux stress climatiques.

Dans un contexte de changement climatique marqué par des aléas plus fréquents et plus intenses (sécheresses, tempêtes, pathogènes, insectes ravageurs), la diversité à toutes les échelles agit comme un facteur de dilution du risque de non-adaptation. Elle améliore également la qualité paysagère des forêts et correspond davantage aux attentes sociales et récréatives.

 

Diversifier pour renforcer la résilience des forêts

Dans un contexte de reboisement renforcé (Plan de relance, France 2030, renouvellement post-crise), certaines craintes d’une forêt « industrialisée » peuvent émerger. Les données disponibles montrent pourtant que la forêt française reste largement diversifiée, et que les orientations actuelles de gestion visent à renforcer cette diversité.