La forêt stocke-t-elle encore du carbone ?

La Forêt stocke-t-elle encore du carbone ?

@Peter Robbins

La forêt est l’un des leviers principaux de la lutte contre le dérèglement climatique grâce à sa capacité à séquestrer du carbone atmosphérique. Cependant, celle-ci ne peut pas séquestrer indéfiniment.

 

Stockage, séquestration et substitution

Les forêts font partie d’un système d’émissions et de séquestration des gaz à effet de serre (GES). La comptabilité du carbone n’est pas une affaire de stock mais de flux. Le secteur forestier est le seul qui a un bilan net significatif en faveur de la séquestration, on parle alors de puits, qui permet de compenser une partie des émissions des autres secteurs. L’estimation du puits de carbone de la forêt intègre principalement la croissance forestière mais aussi le stockage dans des produits bois à vie longue (car toute la récolte ne repart pas immédiatement dans l’atmosphère).

Définition du puits de carbone : bilan net entre les émissions de CO2 et la séquestration qui s’oppose aux émissions.

La substitution représente les émissions évitées quand on utilise du bois à la place d’autres matériaux ou énergies. Elle n’est pas comptabilisée dans le puits de carbone forestier car elle apparait dans les autres secteurs (le bâtiment, l’énergie) qui baissent ainsi leurs émissions. La substitution reste un levier très important et durable de baisse de nos émissions par l’usage du bois. Additionnée au stockage durable dans les produits bois à vie longue, la substitution contribue à l’impact positif de la récolte de bois sur le climat.

 

Calcul du stock

Les méthodes d’estimation du puits de carbone global sont complexes et ont été trop optimistes par le passé. La valeur du puits, recalculée de manière plus fine en 2022, a donc diminué. Les pics de dégradation du puits de carbone correspondent principalement aux tempêtes et aux crises sanitaires. Par ailleurs ces crises, qui ont un fort impact négatif sur le puits en déstockant du carbone au moment où elles surviennent, impactent positivement le puits à moyen/long terme, puisqu’elles rajeunissent la forêt et boostent le stockage dans les décennies suivantes. D’où l’importance de replacer les données annuelles et régionales dans un contexte pluriannuel et national.

La Forêt stocke-t-elle encore du carbone ?

Il existe un amalgame entre baisse du puits de carbone et déforestation, cela peut être vrai à l’échelle mondiale mais faux à l’échelle de la France métropolitaine. En ce qui concerne la diminution du puits, entre la période 2005-2013 et la période 2012-2020 nous avons une légère baisse de la production biologique (-4%) mais surtout eu une hausse de +54 % de la mortalité et de + 20% des prélèvements, qui expliquent une diminution de 37 % du puits de carbone à l’échelle nationale. On peut mentionner que l’augmentation de la récolte est liée pour partie aux récoltes accidentelles (coupes sanitaires) non souhaitées par le forestier mais nécessaires. Mais globalement la forêt continue toujours d’être un puits de carbone par rapport aux autres secteurs.

 

Dynamiques de la forêt française

La Forêt stocke-t-elle encore du carbone ?

Bilan net GES de l'UTCATF par régions en 2021, en Mt CO2e, Citepa – Rapport Secten 2023

La surface forestière a augmenté de 0,6 % en moyenne depuis 1990. Bien qu’il existe un ralentissement, il n’y a pas de déforestation globale en France, dans aucune région métropolitaine. Mais il y a un risque désormais accru de dégradation de nos forêts soumises aux crises sanitaires, aux incendies, aux sécheresses.

En moyenne, un hectare de forêt stocke 610 tonnes de CO2/ha et, chaque année, la séquestration est d’environ 3,7 tonnes de CO2/ha/an soit 0.6% du stock. Lorsqu’une forêt d’un hectare disparaît à cause d’une crise sanitaire ou lors d’une tempête, c’est 163 années de flux qui sont enlevées d’un coup du stock. À l’échelle d’un peuplement forestier, l’optimum de séquestration est donc dans une forêt jeune en croissance.